Le monde blanc

Dimanche 15 janvier, 16H03, arrivée aux urgences. On me fais patienter une heure, sur une chaise, alors que je ne peux pas rester assise plus de cinq minutes. Je lutte, je suis à deux doigts de m’allonger au milieu de la salle d’attente. Les autres patients me regardent me tortiller tel un insecte victime d’une toile d’araignée. Ils sont tous blessés, ils savent ce qu’ils ont, ils sont plutôt sereins. Pas moi, mon self-control est bancal, il peut basculer du mauvais côté à tout moment. J’ai plongé au milieu des pages d’un bouquin, être dans l’espace ou au milieu du désert m’a fait mettre de côté cette douleur. Mon esprit vagabondait pendant que mon corps lâchait prise.

On finit par me mettre le fameux bracelet, un bracelet de maternité pour adulte malade, c’est ce que je me dis à chaque fois, ça me fait sourire légèrement. Il est enfin temps de m’emmener dans un box, d’enfiler ma tenue de papier et d’attendre. Attendre quelque chose de concret. Pas un énième test ou un faux semblant de réponse, non, je veux savoir. Alors j’attends. Je les vois défiler, ce n’est jamais la même personne, j’enchaine les examens comme je pourrais enchainer les tasses de café habituellement. On me dit que mon accompagnant va enfin pouvoir entrer. Cette idée me soulage, j’ai besoin de voir une tête familière. Ma joie redescends vite quand on me dit que l’on m’emmène pour un autre examen avant même que j’ai pu le voir. Je craque à l’échographie de mes reins, et du reste par la même occasion. C’est la deuxième fois que je me dis que je suis là pour un problème et non pour quelque chose qui pourrait me rendre heureuse. Le médecin qui me suis c’est Germaine, la limace de Monstres et Compagnie. Il est tout aussi mou et blasé. Je rigole intérieurement bien qu’il m’énerve aussi puisqu’il vient pour ne rien me dire au final.

J’entends les autres manger, j’ai faim, j’ai soif, mais je n’ai encore le droit à rien et toujours cette aiguille plantée dans le bras qui engourdi mes doigts. Mes nerfs me titillent depuis la salle d’attente, d’abord la main droite, puis l’ensemble du côté droit de mon corps. Il n’en faut pas plus à mon self-control pour basculer du côté obscur. Et comme je n’ai rien d’autre à faire, mon cerveau se met à me poser des dizaines de questions, beaucoup trop de « Et si? » rôdent dans mon crâne. Le pire dans ce monde blanc ce ne sont pas les examens ni la douleur, mais le fait de se retrouver face à soi-même, face à ses propres démons. Et là, t’as pas le choix de les affronter. Je suis sortie de là au bout de longues minutes en voyant la seule tête que je connaissais, j’ai vite retrouver le sourire. Parfois je fixais le faux plafond en me disant que je faisais ça au boulot, alors j’imaginais ce qui se cachait derrière, comment ça pouvait être fait. C’est débile mais ça me rassurait. Un peu. Germaine est revenue, toujours sans nouvelles mais avec un nouvel examen. M’enfoncer un espèce de coton-tige sur fil, dans le nez, jusqu’au niveau de mes yeux. J’avais les mains prêt à l’étrangler – quand je vous dit que je passe du côté obscur, je rigole pas.

Changement de service.

Puis je suis tombée sur Marraine la bonne fée pour mon dernier examen, pleine de compassion et protectrice. Elle m’a chouchoutée et s’est plainte à ma place. Elle savait que je saturais et qu’il était déjà trop tard. Alors elle m’a parlée comme si on se rencontrait dans un lieu public, elle m’a fait un compliment sur ma robe et la pierre que je portais autour du cou, j’ai souris comme une enfant heureuse. C’est dans ces moments noirs qu’on se rend vraiment compte des petits bonheurs du quotidien. Le temps de quelques secondes, on voit un rayon de soleil.

Les résultats ont finis par tomber, c’est pas terminé, mais je peux sortir. Je prends plaisir à jeter ce papier qui me sers de vêtement pour sentir le coton se poser sur moi. Suivre le panneau de sortie m’enchante. Sentir l’air frais me caresser me rassure. Respirer dehors, une libération, j’ai l’impression de ne pas l’avoir fait depuis des jours. C’est tellement agréable que mon aiguille interne se pose directement sur bien-être. J’ai toujours mal, mais mettre des mots sur ça, ça enlève un poids à la douleur. Ce n’est pas que moral, je le ressens aussi physiquement. Je ne pense plus qu’à manger. On s’arrête au premier fast food où j’engloutis quasiment deux menus. Il me fallait au moins ça. Puis je rentre chez moi, exténuée.

La dernière chose que je fais avant de me coucher, c’est de couper mon bracelet d’identité en me disant : Encore une (re)naissance.

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6 réflexions sur “Le monde blanc

  1. Coucou, et ben t’en as passé une drôle d’aprem. Et dire que je veux être infirmière, de ton point de vie c’est un peu comme se tiré une balle dans le bras. Fin bon faut déjà reussir a avoir le concours hein (bon sa c’est un autre débat ) . Je reviens à ton article 😊. T’écris vraiment bien. J’aimerais bien avoir t’as plume😍 Sa a l’air si facile d’écrire comme sa 😅.
    Super article, j’aime vraiment te lire aah 😍

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    • Hello ! Justement il n’y a que certaines infirmières qui sont adorables et les autres s’en foutent légèrement.. Et je te souhaite de réussir ton concours, c’est un très beau métier !
      Et merci infiniment, tes compliments me vont droit au coeur (et c’est d’ailleurs lui qui m’aide à écrire, tout viens de lui ;))

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      • Ah oui sas on voit de tout a l’hôpital. C’est pour sa que je ne veux pas y a travailler. Merci , oui.
        Ooh, mais de rien 😊 (Oh je ne savais pas a se point là 😉
        Je n’osais pas commenté avant je le ferai plus souvent ☺

        Aimé par 1 personne

  2. Coucou Estelle, je n’avais pas vu ton nouvel article, c’est vraiment bien écrit… et je me reconnais un peu dans ce que tu as vécu…
    J’ai été gravement malade il y a un an tout juste presque et je me suis retrouvé du jour au lendemain entouré par les medecins, infirmiers… plus ou moins agréables en effet.. et heureusement que certains sont adorables … ça aide énormément …
    Et ton article, et bien on se sent moins seule, lorque l’on a vécu des choses difficiles comme celle-Ci…
    enfin continue d’écrire… je continuerais de te suivre .. et j’espère que ta santé va bien …

    Elise

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    • Coucou Elise, merci beaucoup pour ce mot adorable. J’espère que toi aussi ça va mieux ! Pour moi c’est pas toujours ça bien que je reste toujours très positive tous les jours, j’ai un examen mardi et la suite dépendra de tout ça, alors on verra bien, en attendant je ne peux que continuer de me battre et surtout de vivre comme avant 🙂

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      • Tout va bien maintenant, merci …
        Et il faut que tu continues a être positive, ta guerison n’en sera que meilleure et bien plus rapide… il faut se laisser envahir par les ondes positives, et continuer ses projets, avancer, s’accrocher à ses envies et à ses rêves…
        J’espère que tu auras de bonnes nouvelles mardi … je suis de tout coeur avec toi …

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