Entrée libre, l’expo temporaire dans l’ancienne prison de Nantes

Cette ancienne maison d’arrêt située à Nantes est vide depuis 2012. Mais dans le cadre du Voyage à Nantes, l’association Pick Up Production lui a redonné vie avant sa démolition en fin d’année. Dix artistes se sont regroupés pendant deux semaines pour y exprimer leur vision du milieu carcéral et psychologique de la prison. Le résultat est étonnant, fabuleux mais qui peut aussi nous mettre mal à l’aise.

A l’extérieur, tout est en noir et blanc. Deux énormes fresques remplissent les murs des deux côtés de la prison. On se sent tout petit, intimidé par ces immenses personnages.

Et quand on rentre, changement d’ambiance totale. L’entrée met mal à l’aise, on a vraiment cette impression que la prison nous a mangé. 

Le contraste avec l’extérieur est flagrant, limite un choc. Les couleurs sont omniprésentes, du sol au plafond. Et les yeux aussi, il y a des yeux partout. On se sent observé, on étouffe au milieu de ces personnages peint jusqu’au plafond.

 

Le hall principal est extrêmement lumineux et c’est aussi l’endroit le plus coloré et pourtant on arrive à se sentir oppressé. Un peu comme si toutes les âmes qui étaient passées par là se réunissaient  une dernière fois.

Puis dans une pièce annexe, on revient au noir et blanc, avec des visages entassés, une musique angoissante et un poème.

Quelques citations au milieu de minuscules pièces.

J’estime avoir eu beaucoup de chances de pouvoir visiter une prison, parce que même remplie de graffitis, on ressent le « poids » de ce lieu et son vécu. Le seul petit bémol est que l’accès est vraiment restreint, on reste dans les axes principaux, on ne voit pas les cellules ou les annexes. On aimerait en découvrir bien plus ! C’est un bel hommage avant sa destruction, une belle façon de lui redonner vie une dernière fois.

« Comme beaucoup de maisons d’arrêt et de correction, celle de Nantes avait un nom d’usage, Lafayette. Située rue Descartes, à proximité du palais de Justice. elle fut ouverte en 1867,  désaffectée en 2012 et les détenus furent transférés dans la nouvelle prison de Carquefou. Un souterrain reliai la prison au palais de justice. Le mur d’enceinte était en losange avec des bâtiments sur chaque côté et des ailes rejoignant un rond point central. A ses débuts et en application de la circulaire Persigny, les détenus furent répartis dans des dortoirs. Avec la loi de 1875, on aménagea des cellules. Des condamnés en réinsertion, qui bénéficiaient d’un placement extérieur, ont participé aux travaux de démantèlement. Lors de la fermeture Ouest France offrit des précisons sur le taux de sur-occupation de la prison : En 1994, 60 détenus refusent de regagner leur cellule après la promenade. Motif de la mutinerie : la surpopulation, invivable. Trois à quatre détenus s’entassent alors dans des cellules de 9 m2. En 2004, il y a 350 détenus pour 291 places. En 2011, les syndicats dénoncent une «cocotte minute». Avec des cellules de sept détenus dans 12 m2. » »

Ce bâtiment sera donc détruit en fin d’année pour laisser place à un îlot de 160 logements, crèche et parking souterrain. Un nouveau petit village en plein coeur du vieux Nantes.

L’exposition est ouverte jusqu’au 27 août 2017, de 10h à 19h, rue Descartes à Nantes.

CoeurdeCanard

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Mon coeur aussi est claustrophobe.

Je le sens, il est à l’étroit. Il s’y ai habitué à sa petite cage dorée, il y a surtout survécu, mais parfois il continue à paniquer. Et il hurle pour me le faire comprendre. Ses battements sont saccadés, sa chair vient se loger entre les barreaux. Cette cage est bien trop solide pour qu’il la brise, alors il étouffe. Et moi avec. J’essaie toujours de l’apaiser, je lui chante une berceuse et je lui répète à quel point il est fort. Vous n’imaginez même pas de quoi il est capable, même moi j’ai parfois du mal à y croire. Et lui aussi. Je le vois souvent fatigué, me demandant si il en a marre et si parfois il ne voudrait pas plutôt abandonner. J’ai tort de penser ça, il a fait – et continue de faire – tellement pour moi. Alors j’essaie de lui rendre au maximum, parce que sans lui je ne suis rien.

C’est toujours lui que j’écoute. Même quand il se dispute avec le Monsieur là haut, c’est toujours lui que je choisis. Appelez ça du favoritisme si vous voulez, mais j’ai toujours été déraisonnée, et je ne vois pas ça comme un défaut, parce qu’il ne m’a jamais déçue. Je n’ai jamais rien regretté et il me fais vivre des choses merveilleuses. Ensemble, on repousse nos limites.

Il est cabossé, pleins de fissures, fragile malgré les petits pansements que je lui colle. Évidemment ça ne réparera jamais tout, mais le tartiner de baume, ça fait quand même du bien. Et puis ça lui permet de me partager ses rêves, de vouloir toucher les étoiles et surtout de me parler d’amour. L’amour est notre moteur, sans lui nous serions vide et je parierais le soleil que sans lui, il aurait tout abandonné depuis bien longtemps.

Parce que nous n’avons aucune explication scientifique, ni même d’hypothèse, je me résous à dire que l’amour nous fais tenir debout et qu’il est notre remède. Alors oui c’est utopiste et totalement décalé, mais quand on a rien à vous proposez, ben on s’accroche à ce que l’on a ; l’amour ou une bonne étoile, le résultat est le même. Je suis encore là.

Vingt ans sur le champ de bataille, vingt ans à défier les statistiques, vingt ans de survie. Vingt ans ça me paraît tellement énorme, et pour cause, c’est quasiment toute ma vie.

Parce que oui, mon coeur aussi est claustrophobe.