Mon coeur aussi est claustrophobe.

Je le sens, il est à l’étroit. Il s’y ai habitué à sa petite cage dorée, il y a surtout survécu, mais parfois il continue à paniquer. Et il hurle pour me le faire comprendre. Ses battements sont saccadés, sa chair vient se loger entre les barreaux. Cette cage est bien trop solide pour qu’il la brise, alors il étouffe. Et moi avec. J’essaie toujours de l’apaiser, je lui chante une berceuse et je lui répète à quel point il est fort. Vous n’imaginez même pas de quoi il est capable, même moi j’ai parfois du mal à y croire. Et lui aussi. Je le vois souvent fatigué, me demandant si il en a marre et si parfois il ne voudrait pas plutôt abandonner. J’ai tort de penser ça, il a fait – et continue de faire – tellement pour moi. Alors j’essaie de lui rendre au maximum, parce que sans lui je ne suis rien.

C’est toujours lui que j’écoute. Même quand il se dispute avec le Monsieur là haut, c’est toujours lui que je choisis. Appelez ça du favoritisme si vous voulez, mais j’ai toujours été déraisonnée, et je ne vois pas ça comme un défaut, parce qu’il ne m’a jamais déçue. Je n’ai jamais rien regretté et il me fais vivre des choses merveilleuses. Ensemble, on repousse nos limites.

Il est cabossé, pleins de fissures, fragile malgré les petits pansements que je lui colle. Évidemment ça ne réparera jamais tout, mais le tartiner de baume, ça fait quand même du bien. Et puis ça lui permet de me partager ses rêves, de vouloir toucher les étoiles et surtout de me parler d’amour. L’amour est notre moteur, sans lui nous serions vide et je parierais le soleil que sans lui, il aurait tout abandonné depuis bien longtemps.

Parce que nous n’avons aucune explication scientifique, ni même d’hypothèse, je me résous à dire que l’amour nous fais tenir debout et qu’il est notre remède. Alors oui c’est utopiste et totalement décalé, mais quand on a rien à vous proposez, ben on s’accroche à ce que l’on a ; l’amour ou une bonne étoile, le résultat est le même. Je suis encore là.

Vingt ans sur le champ de bataille, vingt ans à défier les statistiques, vingt ans de survie. Vingt ans ça me paraît tellement énorme, et pour cause, c’est quasiment toute ma vie.

Parce que oui, mon coeur aussi est claustrophobe.

 

Le monde blanc

Dimanche 15 janvier, 16H03, arrivée aux urgences. On me fais patienter une heure, sur une chaise, alors que je ne peux pas rester assise plus de cinq minutes. Je lutte, je suis à deux doigts de m’allonger au milieu de la salle d’attente. Les autres patients me regardent me tortiller tel un insecte victime d’une toile d’araignée. Ils sont tous blessés, ils savent ce qu’ils ont, ils sont plutôt sereins. Pas moi, mon self-control est bancal, il peut basculer du mauvais côté à tout moment. J’ai plongé au milieu des pages d’un bouquin, être dans l’espace ou au milieu du désert m’a fait mettre de côté cette douleur. Mon esprit vagabondait pendant que mon corps lâchait prise.

On finit par me mettre le fameux bracelet, un bracelet de maternité pour adulte malade, c’est ce que je me dis à chaque fois, ça me fait sourire légèrement. Il est enfin temps de m’emmener dans un box, d’enfiler ma tenue de papier et d’attendre. Attendre quelque chose de concret. Pas un énième test ou un faux semblant de réponse, non, je veux savoir. Alors j’attends. Je les vois défiler, ce n’est jamais la même personne, j’enchaine les examens comme je pourrais enchainer les tasses de café habituellement. On me dit que mon accompagnant va enfin pouvoir entrer. Cette idée me soulage, j’ai besoin de voir une tête familière. Ma joie redescends vite quand on me dit que l’on m’emmène pour un autre examen avant même que j’ai pu le voir. Je craque à l’échographie de mes reins, et du reste par la même occasion. C’est la deuxième fois que je me dis que je suis là pour un problème et non pour quelque chose qui pourrait me rendre heureuse. Le médecin qui me suis c’est Germaine, la limace de Monstres et Compagnie. Il est tout aussi mou et blasé. Je rigole intérieurement bien qu’il m’énerve aussi puisqu’il vient pour ne rien me dire au final.

J’entends les autres manger, j’ai faim, j’ai soif, mais je n’ai encore le droit à rien et toujours cette aiguille plantée dans le bras qui engourdi mes doigts. Mes nerfs me titillent depuis la salle d’attente, d’abord la main droite, puis l’ensemble du côté droit de mon corps. Il n’en faut pas plus à mon self-control pour basculer du côté obscur. Et comme je n’ai rien d’autre à faire, mon cerveau se met à me poser des dizaines de questions, beaucoup trop de « Et si? » rôdent dans mon crâne. Le pire dans ce monde blanc ce ne sont pas les examens ni la douleur, mais le fait de se retrouver face à soi-même, face à ses propres démons. Et là, t’as pas le choix de les affronter. Je suis sortie de là au bout de longues minutes en voyant la seule tête que je connaissais, j’ai vite retrouver le sourire. Parfois je fixais le faux plafond en me disant que je faisais ça au boulot, alors j’imaginais ce qui se cachait derrière, comment ça pouvait être fait. C’est débile mais ça me rassurait. Un peu. Germaine est revenue, toujours sans nouvelles mais avec un nouvel examen. M’enfoncer un espèce de coton-tige sur fil, dans le nez, jusqu’au niveau de mes yeux. J’avais les mains prêt à l’étrangler – quand je vous dit que je passe du côté obscur, je rigole pas.

Changement de service.

Puis je suis tombée sur Marraine la bonne fée pour mon dernier examen, pleine de compassion et protectrice. Elle m’a chouchoutée et s’est plainte à ma place. Elle savait que je saturais et qu’il était déjà trop tard. Alors elle m’a parlée comme si on se rencontrait dans un lieu public, elle m’a fait un compliment sur ma robe et la pierre que je portais autour du cou, j’ai souris comme une enfant heureuse. C’est dans ces moments noirs qu’on se rend vraiment compte des petits bonheurs du quotidien. Le temps de quelques secondes, on voit un rayon de soleil.

Les résultats ont finis par tomber, c’est pas terminé, mais je peux sortir. Je prends plaisir à jeter ce papier qui me sers de vêtement pour sentir le coton se poser sur moi. Suivre le panneau de sortie m’enchante. Sentir l’air frais me caresser me rassure. Respirer dehors, une libération, j’ai l’impression de ne pas l’avoir fait depuis des jours. C’est tellement agréable que mon aiguille interne se pose directement sur bien-être. J’ai toujours mal, mais mettre des mots sur ça, ça enlève un poids à la douleur. Ce n’est pas que moral, je le ressens aussi physiquement. Je ne pense plus qu’à manger. On s’arrête au premier fast food où j’engloutis quasiment deux menus. Il me fallait au moins ça. Puis je rentre chez moi, exténuée.

La dernière chose que je fais avant de me coucher, c’est de couper mon bracelet d’identité en me disant : Encore une (re)naissance.

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Paralysies du sommeil, mon expérience.

Depuis un bon moment je me tâte à écrire sur les paralysies du sommeil car ma dernière expérience a été traumatisante.. J’ai dû mettre quelques jours avant de réussir à en parler, à écrire tout ce qui s’est passé pour ne rien oublier et enfin à poser des mots là dessus, sur papier. C’est un sujet peu connu dont les effets pourraient nous faire passer pour des fous. Il y a du réel, souvent des hallucinations, et c’est difficile de démêler le vrai du faux.

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En faisant un sondage sur Twitter je me suis rendue compte que très peu de personnes connaissaient ces troubles du sommeil, alors petite définition simplifiée pour mieux comprendre la suite de cet article :

« La paralysie du sommeil est un trouble du sommeil qui advient à l’endormissement (état hypnagogique) ou au réveil (état hypnopompique). Caractérisée par l’impossibilité de bouger ou de parler, elle est souvent associée à une sensation de présence inquiétante et à des hallucinations. L’état de paralysie dure généralement de quelques secondes à plusieurs minutes. »

Après, soit-disant ça arrive dans certaines circonstances, mais je me passerais de vous les citer car ce n’est absolument pas mon cas, car les miennes ne sont jamais survenues dans les conditions décrites – bien que dans les quelques témoignages que j’ai reçu, c’était le cas pour ces personnes là.

1 personne sur 5 le vit une fois dans sa vie et une seule fois. Et dans ces 20%, même pas 1% en font plusieurs au cours de leur vie, voir régulièrement. Ce qui fait peu de monde au final. Chaque personne réagit différemment, j’ai eu très peu de témoignages similaires.

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Source : Pinterest
Mes expériences 

Première expérience marquante : J’ai tout d’abord pensé à un cauchemar. Et dans ces moments là, je deviens toujours consciente et j’arrive à me réveiller seule. Mais là c’était différent. J’étais paralysée, je sentais une présence derrière et au dessus de moi mais j’étais incapable de me retourner ou de me réveiller. Parce que je l’étais déjà finalement. Je voyais une ombre passer au plafond et la peur commençait à prendre le dessus car je n’étais pas maître de mon corps. Puis je me suis réveillée. Du moins je le croyais, car la même scène s’est répétée. Et tout ça s’est encore déroulé, trois fois de suite. Tout ça a duré plusieurs minutes et une fois sortie de cet état, dès que j’ai pu bouger, je suis tout de suite sortie de ma chambre, totalement désorientée, à me répéter cette question « J’en suis vraiment sortie où je suis encore là dedans ? » Quand on perds le contrôle la peur prend forcément sur le dessus, je n’ai pas dormi de la nuit suite à ça, j’étais sur mon canapé à chercher des explications à tout ça. J’étais surtout en recherche de rationnel, vivre des mises en abyme ça peut rendre fou, car on se demande sans cesse ce qui est réel ou non pour savoir si on est toujours bloqué dans une autre « dimension » ou pas.

Deuxième expérience traumatisante : Pour celle-ci je vous laisse avec les mots que j’ai écris deux/trois jours après, encore sous le choc, et je vous laisse dénouer ce qui est réel et ce qui ne l’est pas.

« J’étais là, entourée de personnes formidables. On riait, on avançait, on ne savait pas où, mais on s’en fichait, on était heureux. Puis le monde s’est subitement mis à tourner. J’ai été téléportée dans le lit de l’enfer. Ma plus vieille ennemie est revenue me rendre visite, et elle a pris mon contrôle, elle voulait jouer. J’étais paralysée, je ne pouvais même pas lever le petit doigt. J’étais comme une énorme pierre, incapable du moindre mouvement. Pourtant j’étais bien dans mon lit, c’était réel. Et c’est là que la pleine conscience a totalement fait surface. Cette tendre ennemie m’a laissée être terrifiée avant de commencer à jouer avec moi, il n’y a pas plus sadique. J’ai voulu m’échapper, j’étais soulagée de trouver l’interrupteur qui se situe à coté de mon lit. Le répit a été court, la lumière ne s’est jamais allumée. Il y avait des centaines d’interrupteurs sur MON mur. C’était son premier jeu. J’en essayais des dizaines avant de me rendre compte qu’elle échangeait leurs places à chaque fois que j’appuyais sur l’un d’eux. J’ai tourné la tête vers ma porte entrouverte, elle était là, assise sur mon canapé. J’étais toujours consciente malgré la terreur qui s’emparait de moi. Puis elle s’est levée et s’est avancée très lentement vers moi, comme pur faire durer son plaisir. Elle riait tellement fort que sa silhouette se déformait sous ses éclats de rire. Puis elle m,’a attrapée, mon coeur s’est arrêté. Trou noir.

J’ai fini par me réveiller, toujours dans mon lit. J’ai mis quelques secondes avant de comprendre que je me voyais, de mon plafond. Je me regardais. Est-ce que j’étais morte ? Même un dixième de seconde ? J’ai lutté, je me suis battue contre moi-même et je ne sais même pas comment je me suis réveillée à nouveau, mais dans le noir complet cette fois-ci. Dans un silence morbide. Je n’osais pas bouger, ni même allumer la lumière. J’avais peur qu’elle soit toujours là. J’étais traumatisée d’avoir vécu ça en pleine conscience et pas comme un simple cauchemar.

Puis je me suis levée, j’ai bu un grand verre d’eau et je me suis assise sur mon canapé. J’ai allumé une cigarette. J’étais totalement vide. Mais en vie. »

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source : Pinterest

Mes expériences de paralysies du sommeil ont toujours été sous forme de mises en abyme qui me font perdre le sens de la réalité. Imaginez vous bloqué avec vos plus grandes peurs, à l’intérieur de vous. C’est le chaos. Surtout quand vous vivez seule et qu’il n’y a personne pour vous réveillez, ça peut durer de très longues minutes. La dernière que j’ai faites – que je vous raconte juste au dessus – aura quasiment duré une trentaine de minutes. C’est long, très long.

Au fil du temps et des crises j’y ai trouvé un peu de positif. Parce que même si tout cela est très noir, je me dois de finir mes articles sur une note positif comme je le fais chaque fois. J’ai découvert certains recoins de mon cerveau, j’en ai approfondis d’autres et cela m’a aussi permis de prendre le contrôle de ce cerveau malade et de gérer certaines crises, comme mes migraines ou mes nerfs. J’ai également découvert une nouvelle facette de la pleine conscience, bien plus poussée. Et d’un autre côté je trouve cela fascinant ce dont le cerveau est capable de faire en cas de crise, il est très fort.

 

Vous connaissiez les paralysies du sommeil ? Vous en avez déjà vécue une ?

CoeurdeCanard

Les gens heureux écrivent-ils ?

Si l’on revient quelques années en arrière, j’écrivais pour extérioriser, pour dégueuler ma douleur et me libérer de ces mots de souffrance qui me bloquait la gorge et les entrailles. Écrire a toujours été la meilleure des thérapies dans mon cas. Au fur et à mesure que l’encre coulait sur le papier, mon corps se libérait des petits démons qui pouvait s’y cacher. C’est tellement facile d’écrire la douleur, la colère ou la souffrance. C’est facile d’écrire le mal. Il y a tellement de mots pour parler de lui.

Mais le bonheur ? Pourquoi on écrit pas sur lui ?

Mon esprit et mon corps sont en paix, il n’y a donc aucun parasite à évacuer. Si tout va bien, mon cerveau n’a aucun message de détresse à transmettre, aucune communication pour l’encre qui attend de couler. Les mots ne sont pas logés au même endroit et ils sont difficiles à trouver quand il s’agit du bonheur. Avant je pensais même que c’était une légende de pouvoir écrire et être heureux à la fois. Parce que si le malheur sortait par l’écriture chez moi, le bonheur lui s’exprimait au niveau de mon corps, mes gestes, mes fossettes et mes ridules. Il ne se voyait pas, il se contentait de combler chaque pore de ma peau et c’est suffisant. J’ai pas besoin de le dire, il est là, c’est tout. 

Et si je veux aller plus loin ?

C’est un exercice difficile d’exprimer les émotions et sensations positives. Il faut trouver des tas de mots et faire le bon assemblage afin d’avoir une phrase correcte ou ne serait-ce que potable. Parce que le bonheur, la joie ou l’amour, tu le vis, avec chaque centimètre carré de ta peau et de ton âme. Pas avec des mots. 

Puis admettons le, la nature de l’être humain fait qu’il compatis plus qu’il n’est heureux pour quelqu’un d’autre. Pour les incomplets en tout cas. On peut écrire le bonheur, mais ça intéresse moins, ou on ose pas, de peur de le rendre moins beau, ou de le tâcher. Puis surtout on y pense pas, puisqu’il s’occupe de nous animer. 

Complexes.

Mes cernes. Violettes depuis toujours. Longtemps camouflés sous du maquillage. Longtemps détestés pour cet air de zombie qu’elles me donnent, même quand Morphée me cajole. J’ai finis par les accepter en aimant celles des autres. Terminé le cache-cache avec l’anti-cernes, je les assumes. Puis tous les jours les mêmes questions : « T’as mal dormi ? » / « Tu te drogues ? » Des petits non timides en guise de réponses, un complexe toujours présent. Aujourd’hui je m’en fous, je réponds que c’est juste moi.

Mes cicatrices. J’ai arrêté de les compter. Une peau marquée, irrégulière. Synonyme de douleurs, de traumatismes. Mais ce sont aussi des souvenirs, des bouts de vie, des histoires. Mon histoire. Elles me définissent. Sans elles il me manquerait un bout de moi, je ne peux pas en faire un complexe.

Ma petite poitrine. J’ai longtemps espéré que sa croissance n’était pas terminé. Je l’ai trop souvent considérée comme inexistante. Les autres aussi d’ailleurs vu les remarques que j’ai pu bouffer. Et j’ai justement trop longtemps fait attention à ça. Erreur. Puis ayant déjà des problèmes de dos, j’aurais fais comment pour ne pas souffrir avec une plus grosse poitrine ? J’ai de la chance au final, ça aurait pu être pire. Puis maintenant je la trouve jolie, je les aimes mes petits seins.

Oubliez les codes de la société pour apprendre à vous aimez. Oubliez les remarques que l’on vous fait. Untel n’aime pas ça chez vous ? Un autre les aimeras. Moi je trouve ça beau un défaut. Ça donne du charme, et le parfait ne possède aucun charme. 

Une mémoire défaillante

Quand j’entre ici, j’accepte enfin ce que cet endroit est devenu. Il y a quelques années, quand j’ai envoyé des troupes éliminer les intrus qui se trouvaient dans la pièce d’à côté, je ne pensais pas qu’ils franchiraient ces murs. Et encore moins qu’ils toucheraient une partie alliée. Je n’ai rien vu venir, ça s’est fait en douceur. Ils n’ont pas touchés aux dossiers les plus importants, fort heureusement. Mais parfois quand j’en cherche un en particulier, il m’est impossible de le trouver.

J’ai beau avoir passé des jours dans ce bureau à ranger tout ce foutoir et à avoir renvoyé ces troupes sur le champ, il y a certains endroits où je n’ai plus accès. Notamment un casier – sur les milliers que je possède – qu’il m’est impossible d’ouvrir. Les dégâts extérieurs sont pourtant minimes, quelques bosses et égratignures, rien d’alarmant aux premiers abords. Mais c’est comme si la substance de leurs armes venait d’ailleurs. Invisible à l’oeil nu, elle m’a empêchée de me rendre compte de ce désastre avant. Je sais que ce casier renferme des informations que j’ai classé il y a bien longtemps – mais même quatre ans après cette guerre – il demeure clos. Parfois je me demande si j’y aurais de nouveau accès un jour, je tente à croire qu’il est rempli de souvenirs car j’ai encore accès aux informations les plus importantes, je n’ai rien oublié de qui je suis. J’ai eu de la chance dans mon malheur, que ce soit ce casier dans le fond de la pièce qui soit touché et non pas un de ceux qui font mon identité.

Mais il y a un autre endroit qui a été touché, plus vaste : l’air ambiant de cette pièce. Les premiers mois, après cette découverte, j’avais une peur bleue de ramener une information importante que je devais classer pour m’en souvenir. Pourquoi ? Parce que certains dossiers que je ramène, dont je viens juste d’avoir l’information.. Disparaissent. C’est sûrement dû à cette substance, elle se promène dans les particules d’air et si elle touche un dossier posé sur mon bureau, POUF, il disparaît, comme par magie. Comme si l’information ne finissait jamais son chemin, et elle ne le fera jamais. J’oublie aussi le fait d’être entrée ici pour y déposer un dossier par moment.

Quand je pose des questions autour de moi et que je vois les yeux de mon interlocuteur surpris, désorienté ou parfois même gêné, je comprends alors qu’il m’a déjà donné ce dossier d’informations mais qu’il n’est jamais arrivé à destination. C’est le seul moyen que j’ai de savoir quand j’ai un bug, et mon seul moyen de me battre contre ça, d’aller chercher la même information encore et encore jusqu’à ce qu’elle soit en sécurité.

Aujourd’hui j’accepte cette défaillance, mais il m’aura fallu quatre ans. Quatre ans pour comprendre que ça ne s’arrêtera propablement pas. Quatre ans pour trouver une solution. Quatre ans pour réussir à en parler. Pourtant ce n’est pas la première défaillance que je rencontre, elle a juste été plus dure à cerner. Je me battais dans le vide contre ce truc invisible. Aujourd’hui j’ai appris à vivre avec lui et je n’ai plus peur d’entrer dans ce bureau.

Ce bureau, c’est ma mémoire.

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Chronique de sentiments

Je vais avoir vingt deux ans. Arrivée à cet âge là, je pensais avoir fait le tour des émotions que l’on pouvait ressentir. Et pourtant, ces derniers mois j’ai découvert de nouvelles sensations et j’en re-découvre certaines, mais puissance mille. Le destin m’a fait faire une merveilleuse rencontre le jour de mes vingt-et-un ans, jamais je n’aurais cru qu’il changerait ma vie à ce moment là. Je ne m’en suis rendue compte que ces dernières semaines en voulant poser des mots sur tout ça. Je me suis posée énormément de questions pour en venir à la conclusion que.. J’étais paumée. C’est comme si j’étais les quilles au bowling et qu’il venait de faire un strike. Il a tout chamboulé en une fraction de seconde. Je découvre à nouveau la peur, la peur de perdre un être cher. Il n’y a pas un jour qui passe sans que cette peur ne remonte et me fasse comprendre à quel point ma vie sans lui serait différente et plus difficile. J’ai trouvé un confident, quelqu’un pour m’écouter même si j’ai toujours autant de mal à m’exprimer, une épaule sur laquelle je peux me poser et être sereine. En écrivant ceci je me rend compte à quel point je lui en suis reconnaissante et que je ne lui ai pas dit. Reconnaissante de sa patience à tout épreuve envers moi, je ne sais pas si ça durera – et je le comprendrais – alors j’en profite au maximum tout en travaillant là dessus.

Je contrôle également beaucoup moins ma colère, moi la fille a la patience éternelle. Je démarre au quart de tour et aussitôt je met un coup de frein pour éviter de tout envoyer valser. J’ai la larme à l’oeil bien plus souvent, mais pour le moment, ça, je le contrôle encore. J’ai aussi re-découvert le stress, bizaremment ça fait parfois du bien. Mes sentiments pour lui ont tout fait ressurgir, tous à la fois. J’ai même pas les mots pour décrire ça, c’est démesuré. Un amour démesuré.

J’ai appris à connaître une partie de moi que je connaissais pas, qui je pensais, n’existait même pas : l’instinct maternelle. Je n’ai jamais aimé les enfants, je me disais toujours qu’ils étaient mieux chez eux plutôt qu’à me déranger dans un lieu public. Oui oui à ce point là. Pourtant aujourd’hui je rêve de construire une famille. Ma famille. Mais quand je me dis ça, je me demande si un homme resterait assez longtemps pour ça et je me dis que non, c’est pas possible. Je n’arrive pas à concevoir qu’on puisse s’intéresser à moi, que l’on veuille rester avec moi plusieurs années, voir tout une vie. Je n’ai jamais été une priorité, alors pourquoi ça changerait ? J’ai toujours joué la fille transparente, j’y ai travaillé pour que ça change, mais vraiment je ne me fais pas à l’idée que l’on s’intéresse vraiment à moi.

Je vis à cent à l’heure, le TGV ne va pas assez vite pour moi, je saute de wagons en wagons. Il aurait pû s’arrêter l’été dernier, mais encore une fois ma bonne étoile est toujours là. Si je la croise je devrais la remercier probablement mille fois. Je suis reconnaissante de chaque seconde où je respire encore. Et c’est sûrement pour ça que je ne m’arrête jamais, je termine à peine un  projet que j’en rajoute plusieurs à la liste. Je ne sais pas rester sans rien faire.je m’octroie juste une journée rien que pour moi une fois toutes les deux ou trois semaine, et encore. On me répète souvent que ça me tuera, mais moi c’est comme ça que je vis, c’est comme ça que je me sens vivante. « Ne rien faire » je le considère comme du temps de perdu, je ne vois pas les semaines défilées et pourtant je profite de tout grâce à la pleine conscience.

Il paraîtrait que je pue le bonheur.

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